Oh que voilà
un titre pompeux. Pardonnez-moi d'avance de pêcher un peu par orgueil.
Motivé par mon ami Darf,
j'ai profité de ces quelques jours de vacances pour regarder avec la
plus grande attention l'oeuvre érigée au rang de véritable culte, autant
adorée que décriée par ses fans de la première heure : Evangelion.
Produit et scénarisé par Hideaki Anno, cet anime de 26 épisodes diffusé
entre 1995 et 1996 a provoqué dans la mer relativement tranquille du
monde de la japanimation des remous dont on peut encore ressentir le
mouvement, et ce même douze ans plus tard. Certes, si la communauté
francophone l'a déjà elle-même placé entre Akira et d'autres piliers de
la maison, et n'est à ce titre plus aussi prolixe de réinterprétations
que dans ses grandes heures (je dirais à la louche la fin des années 90,
début des années 2000 ?), il reste que cette série est un passage
quasi-obligé pour qui lit ça ou là des critiques sur des oeuvres
actuelles, au moins par honnêteté intellectuelle pour comprendre une
référence.
C'est fort de cette volonté critique que j'ai abordé les 26 morceaux de
l'histoire, comme je l'avais déjà fait avec Buffy, et X-Files, chacun en
leur temps disséqués aidé par le recul temporel (et donc une
"effervescence" d'opinions moins gênante, aujourd'hui on appelle ça le
buzz). Aussi, je me permets de livrer modestement mon analyse dans le
but d'apporter pourquoi pas, un regard neuf à ce vieux serpent de mer...
La série raconte l'histoire d'un monde à la dérive en jetant un coup
de projecteur sur un petit groupe d'individus rassemblés autour de
Tokyo-3, haut lieu de recherches du Japon. En l'an 2000, une catastrophe
maintenant connue sous le nom de Second Impact se déclenche, poussant
la planète à un stade encore plus avancée de dégringolade. Il s'agit
d'une explosion d'une puissance telle qu'elle entrainera directement la
fonte des glaces du pôle Sud où elle se déclenchera, désaxant par
ailleurs la Terre et la privant ainsi de saisons (!!!).
Les autorités
répandent rapidement une version officielle notifiant que c'est là le
fait de la chute d'un météore sur l'Antarctique, mais il s'agit bien
entendu de tout autre chose. 15 ans plus tard, un géant se dresse dans
Tokyo-3 et l'armée, motivée par l'inefficacité de son armement
conventionnel délègue l'autorité à la NERV, agence spécialement créée
depuis le Second Impact en vue de contrer la venue de tels géants. Ces
créatures pour le moins atypiques appelées Anges et dont les objectifs
ne sont pas exactement explicites, ont été prophétisés dans des textes,
ce sont les manuscrits de la Mer Morte. La riposte proposée par l'agence
NERV est à la mesure de l'agression : elle oppose aux Anges des
Eva ou Evangelion, robots énigmatiques semblant doués d'une vie propre
et pilotés par des adolescents.
L'histoire commence dans le premier épisode quand l'un d'eux, Shinji Ikari, est contacté par l'agence NERV pour intégration. Point important, c'est son père Gendo Ikari qui dirige l'agence avec froideur et méthode. Beaucoup d'autres personnages vont venir enrichir ce tableau étrange dans une toile intrigante... on compte les 2 autres pilotes (Reï la muette et Asuka son exact antagoniste), les scientifiques et responsables divers de la NERV, de la SEELE (organisme sectaire et mystique qui tire les ficelles), quelques camarades de classes plus ou moins signifiants. On trouve aussi comme dans d'autres histoires des protagonistes présents seulement par l'évocation, issus d'un passé proche comme la mère de Shinji et femme de Gendo, Yui ou Naoko Akagi, disparue elle aussi dans des circonstances tragiques. Tout ce beau monde vise à l'éradication des Anges successifs qui se présentent sur la Terre, à travers les Eva, géants mécaniques mais pas que.
Pour être totalement honnête avec mon lecteur, je dois préciser que
pour réaliser ce petit encart non-exhaustif sur l'alimentation
culturelle évidente du créateur de la série : philosophie,
ésotérisme, sciences physiques, je n'ai pas pu lire avec attention tous
les domaines invoqués par l'incroyable brassage d'idées. Le corpus de
termes religieux ou de traditions religieuses par exemple, est tout
simplement ahurissant de densité : Adam, Eve, la Lance de Longinus,
la crucifixion, lumière descendant du ciel sur fond de cantiques, les
manuscrits de la Mer Morte, le cercueil d'où le héros renait, le terme
de "dogme", les portes du Paradis, le mythe de la Création... Tout y
passe avec une préférence pour la référence explicite qui crève l'écran
(à l'image des explosions en forme de croix). La réappropriation
d'autres symboles annexes comme Lilith, l'arbre des Sephiroth ou du
triangle accompagné de regards ajoutant au mystère et au secret une
touche de profondeur.
L'oeuvre se permet en plus
de s'accouder sur des concepts de la physique, mécanique quantique pour
peu que ceux-ci aient une résonnance poétique et un pouvoir évocateur
puissant. Je pense notamment à l'épisode 16 où l'Eva-01 est aspirée dans
l'ombre de l'Ange Leriel, on donne alors pour explication à l'équipe en
charge que le lieu inclus dans l'ombre est défini en mathématiques
abstraits comme une Mer de Dirac[1]. L'usage de termes comme la
limite de Hayflick, ou l'espace de Klein[2] où se perdraient les signaux dans la
tentative de l'épisode 20 pour récupérer un Shinji prisonnier de son
Eva, prouve ponctuellement la volonté de Anno de solidifier son univers
en l'attachant à des concepts à la fois propres au notre, mais en même
temps issus de son abstraction la plus pure.
Le grand renfort de technologie mêlée à une biologie dénuée de
conscience ou d'éthique prête à l'univers de la saga un scientisme
prégnant, tellement puissant qu'il en deviendrait presque un dogme. La
croyance aveugle en des écrits religieux pourrait mettre à mal cette
affirmation mais elle permet au contraire d'examiner un point tout à
fait sensible de l'oeuvre : la transcendance du Désir sur tout. Sur
le monde, sur la science, simple esclave des désirs impétueux et fous
d'une poignée d'hommes, sur la religion détournée à des fins tout à fait
personnelles et dont l'interprétation actualisée par les faits est bien
loin du message originel, sur les potentialités des entités en
présence. La dévotion totale qu'elle soit scientifique, religieuse ou
batarde est secondaire à la poursuite égoïste des personnages.
La surabondance de jargon informatique/biologique/théologique renverrait
à une volonté louable de l'auteur d'emprunter les codes de l'animation
SF japonaise pour mieux les détourner (tout en les utilisant avec
ferveur, d'où l'accusation d'une grande hypocrisie tout à fait
recevable). Nombreuses furent les analyses tentant de faire la jointure
et d'articuler les nombreux concepts peuplant l'univers d'Evangelion,
tout en décrivant la manière dont ces concepts se lisent dans les
personnages mais toutes arrivent à une certaine limite bien
connue : la portée.
Je note d'ailleurs que la lecture religieuse pour toute évidente qu'elle
puisse sembler (la religion étant l'élément le plus voyant de la série)
permet sans doute de saisir les références affichées ça et là, mais est
particulièrement inadéquate dans une perspective
d'interprétation : les volontés concurrentes de la SEELE et de
Gendo, et d'une manière générale, la concurrence des protagonistes
résiste à toute application calquée d'un message religieuse, la foi
religieuse ayant plus à voir avec un destin commun, un sens commun etc.
Aucune lecture ne m'a permis de détacher un sens aux 26 épisodes, aucune
n'a pu lier de façon satisfaisante symbolique, mythologie,
comportements des personnages, réaction des Eva, etc. Ceci permet
(jusqu'à nouvel ordre) de qualifier l'usage explicite de ces codes
inhérents au genre shonen-SF par l'auteur, d'habile
diversion tant ils imprègnent avec attachement et fidélité
l'intégralité des niveaux d'écriture (respect des noms, respect des
relations) tout en occultant dans la même mesure un autre message...

Au titre des références d'Evangelion on trouve souvent 2001 de Kubrick, les traditions judéo-chrétiennes, le Talmud, la Kabbale et évidemment la psychanalyse de Freud, Jung et Klein. Ce regard analytique (au sens psychanalytique) sur cet anime revient à considérer le côté Mecha-symbolique de l'affaire tantôt comme l'expression de la tragédie jouée par l'ensemble des personnages, tantôt comme son décor. Je m'explique...
D'abord il
existe un nombre de références à la psychanalyse conséquent, témoignant
de l'aspect clinique de l'oeuvre. Implicites, brèves ou masquées,
celles-ci s'éloignent de l'affichage immodéré de robots dépassant des
gratte-ciels ou des crucifix géants et peuvent laisser croire en une
volonté plus souterraine de l'auteur. Vous cherchez ces
références ? Pensez à prêter attention à l'autoradio diffusant un
programme sur le stade oral (19ème minute dans l'épisode 20),
l'usage de l'expérience hallucinatoire, des rêves, à la thématique oedipienne évidente... Evidente ? Oui[3], pour qui côtoie les
concepts freudiens, le complexe d'Oedipe et plus largement les concepts
psychanalytiques sont clairement visibles dans cet anime, guidant le
spectateur que je suis vers une grille de lecture hors des sentiers
battus. Trois choses encore, on trouve un peu partout sur la toile des
avis qui témoignent de l'extraordinaire développement psychologique des
personnages par l'auteur, développement qui s'axe sur les manifestations
plus ou moins directes de leurs conflits, de leurs traumatismes,
de leurs désirs. Sitôt qu'on utilise ces concepts, leur
paternité commune dans leur conceptualisation précise contraint
nécessairement à se pencher vers un examen des signes indiquant
la voie psychanalytique. Encore une ? Après le nippon, quelle est
la langue la plus représentée à l'écran ? Mais non, je ne parle pas
des sous-titres, mais bien du dialecte parlé... Oui l'allemand, langue
commune avec ? Les premiers psychanalystes, Freud en tête. Et le
berserk de l'Eva-00 voulant briser la vitre de sa cellule de test à
coups de "tête", ne serait-ce pas une mise en scène habile d'un patient
auto-agressif dans une cellule capitonnée ? Et que dire de
l'alcoolisme à peine déguisé de Misato...
Enfin l'on peut s'interroger si l'animosité exprimée suite à la
diffusion des épisodes refermant la saga animée eut été si importante si
ces épisodes ne cristallisaient pas tant dans la forme (suggestion,
association) et dans le fond (j'y reviendrais en conclusion) ce que l'on
soupçonnait depuis une dizaine d'épisodes... un déchainement de frustrations ?
L'adoption du regard psychanalytique dans ce qu'il suggère
d'associations et d'interprétations possibles permet selon moi, de
comprendre d'autant mieux les très nombreux plans "réduits" (Shinji passant le
pied de la porte, c'est le dernier exemple que j'ai en tête) qui
parsèment l'intégralité de l'oeuvre. Essayez et vous comprendrez
sûrement ce dont je parle...
Postulé par la psychanalyse, l'origine du symptôme serait à chercher
en ce que le symtpôme signifie pour le sujet, et traduirait
d'une certaine manière et par des mécanismes aussi originaux que
personnels le conflit insurmontable qui se joue dans l'appareil
psychique du patient. Or qu'observe t'on dans Evangelion ? Autant
de sujets confrontés à des circonstances tellement inconcevables et
absurdes que leur psyché s'attache à tisser un sens à ce contexte, même
s'il n'en a pas. L'accident qui priva Shinji de sa mère est
inexplicable : pas de corps, pas de trace, il lui reste juste son
père enfermé dans un mutisme et une froideur inhumaine. La pathologie
déclarée par la mère d'Asuka est du même ordre : inexplicable,
apparue suite à un accident, rendant impossible la résolution du
complexe primitif qui la tenaille. Gendo encore perdant sa femme, qui au
lieu de la pleurer entreprend la folie de tout risquer pour la
retrouver dans une sublimation -par la science et l'ésotérisme-
déroutante.
Et tous ces individus, en plus de leur traumatisme premier, vont devoir
être confrontés malgré eux à des situations étrangement familières,
faisant écho à leur passé douloureux. Voilà Shnji rassuré mais gêné de
sentir la présence sa mère au sein de l'Eva-01. Voilà Asuka
replongée de force dans l'épreuve de ses contacts avec une mère qui ne
la reconnait plus. Voici encore Gendo, qui clone sa femme à partir d'un
monstre millénaire, qui projette de dissoudre l'humanité morte et
vivante, future et passée dans une entité commune. En un sens, les
protagonistes se retrouvent face à des situations qu'ils ont, ou refusé,
ou été empêché de résoudre dans leur passé et pour qui leur retour
(symbolique ou effectif) va faire symptôme.
C'est la prédominance claire d'un passé sur le présent qui indique avec certitude l'inclinaison psychanalytique de l'oeuvre. La manière dont tout s'est déjà joué 15 ans plus tôt, alors même que les héros de cette époque découvraient un autre passé, terrible, inéluctable, prophétique... Deux questions centrales seront traitées au cours de l'histoire, celles du deuil et du complexe d'Oedipe, dans leur versant le plus noir.

La problématique du deuil (d'un proche) apparait clairement comme
majeure pour au moins 6 personnages : Shinji Ikari (sa mère), Sôryû
Asuka Langley (sa mère), Misato Katsuragi (son père), Gendo Ikari (sa
femme), Ritsuko Akagi (sa mère) et Ryoji Kaji (son père).
De manière tout à fait explicite, c'est la problématique du deuil, ici
irrésolue, qui guide Gendo Ikari lorsqu'il suit les plans d'un comité
sans âme. Décrit auparavant comme un fils de pute par Kozo
Fuyutsuki, et s'il est au centre de nombreuses rumeurs, Gendo Ikari
était certes ambitieux et énigmatique mais pas dépourvu d'amour. C'est
la perte de sa femme Yui qui va tout déclencher chez lui. Plusieurs
signes ne peuvent nous tromper : il choisit de changer de nom à sa
mort (il s'appelait Gendo Rokubungi) pour s'approprier le sien, et va
jusqu'à la cloner partiellement en la personne de Reï Ayanami. N'est-ce
pas là une forme du déni ? Tout porte à croire que Gendo est prêt à
tout risquer et tromper pour la garder en vie, y compris à
compromettre la morale, lui-même, les femmes, les autres, le destin du
monde. Plutôt que d'achever son deuil dans la douleur, Gendo choisit de
s'en préserver à n'importe quel prix et pour cela il lui faut défier
l'éthique, la logique même du cycle du Vivant et son amour de Père
envers Shinji. Sa perte de contact partielle avec la réalité ne concerne
d'ailleurs que la sphère affective et relationnelle, abandonnant toute
forme d'empathie mais investissant tout dans sa science (qu'il
partageait intégralement avec sa femme, tiens mais quel hasard...).
Le cas de
Naoko Akagi (épisode 21) est inscrit dans la problématique du deuil
d'une toute autre manière. Rappelant le cas Elisabeth Von R. [4], Naoko désire le professeur Gendo, mais
est tenaillée par la culpabilité infinie d'avoir souhaité la mort de sa
femme Yui pour être à sa place, dans le lit conjugal. Lorsque, après la
mort de Yui Ikari, la soupirante réussit enfin à coucher avec le
professeur, elle se doute bien que d'une certaine manière, elle ne l'a
pas exclusivement et qu'il pense toujours (au sens encore comme
au sens de tout le temps) à sa défunte épouse. Alors, quand
elle remarque comme tout le monde la petite Reï, qui ressemble trait
pour trait à sa rivale intouchable (puisque disparue mais toujours dans
le coeur de Gendo), qui ne quitte pas d'une semelle Gendo, elle projette
ses doutes sur sa relation avec son amant sur l'enfant, en s'adressant
des reproches en formes d'insultes dans une expérience hallucinatoire.
La fillette profère une bordée d'injures relatives à son âge (à
comprendre comme son incapacité à rivaliser avec le souvenir immortel,
figé de Yui, éternellement jeune), à sa qualité aux yeux de Gendo (car
elle a bien saisi que comme tous, elle est traitée par lui comme une
donnée, variable dans une équation dont lui seul connait les termes, et
qu'il modifie à souhait). Cette hallucination la conduit à un passage à
l'acte double : elle abat l'enfant par strangulation puis se
suicide en réalisant son geste.
Le personnage d'Asuka est lui aussi esclave de ses propres démons insolubles et dépourvus de sens. A la suite d'une expérimentation avec l'Eva-02, sa mère subit un traumatisme psychique profond qui l'empêche de reconnaitre Asuka comme sa fille. A la place, elle s'enferme dans un monde fantaisique en recréant une figure enfantine représentant Asuka sous la forme d'une poupée et s'entretenant longuement avec elle. Elle prie parfois la poupée d'accepter de mourrir avec elle devant sa véritable fille. Si la douleur profonde d'Asuka encore petite ne suffisait pas, le suicide de sa mère finit de l'achever en ancrant en elle la conviction qu'elle n'existe pas... Rien d'anormal à ce qu'elle cherche le dépassement pour avoir la reconnaissance (au sens de la valeur) d'Autrui, elle qui perdit plus tôt celle de sa mère (au sens de la connaissance d'un autre). Prévisible encore que l'une de ses colères la pousse à traiter Reï de poupée dans les bras de Gendo, comme un instrument dépourvu de libre arbitre mais prenant sa place dans la relation à Autrui. Mais sa détermination va s'effriter lorsqu'elle sera surpassée par Shinji dans l'Eva-01, puis plongée dans ses propres angoisses au travers d'un rêve dérangeant et oppressant par un des Anges (épisode 22 à partir de 13:38).
Examinons
ce rêve de plus près. J'attire votre attention sur le fait qu'à ma
connaissance la traduction des différents éléments de son rêve et leur
contextualisation est inédite sur le web francophone. Mes notes de
traductions sont encore lacunaires mais assez complètes pour se faire
une idée de ce qui empoisonne le mental d'Asuka. Dans cette séquence,
Asuka subit l'assaut psychique de l'Ange Arael et se trouve confronté à
un rêve tout à fait particulier. Distinguons d'abord ses 2 parties en
séparant les séquences de dialogue de celles de présentations
aggressives de mots ou expressions. Si les premières indiquent au
spectateur à quel niveau de régression se trouve Asuka, les secondes
peuvent exciter la curiosité pour une bonne raison : leur affichage
ne dure pas assez longtemps pour que dans une vision normale de
l'épisode l'on puisse les identifier (on parle d'un défilement par
salves de 3 à 5 unités de sens en moins de 350ms !), sans parler de la
distance de la langue. Les propos, ainsi écrits en allemand ou en kanji,
peuvent être regroupés sous trois thématiques : la mort de
sa mère (Tod, Erhängte, Doppelselbstmord
begehen, Stiefmutter, der Verlust, Wahnsinig,
*Mamma*), le refus/rejet (Nein, *Stop
!*, *Don't touch me !*) et enfin la honte/la
douleur (Wein, Menarche, *Ouch !*, Peinlich
es, Wie argerlich, ansauder, Groll, Schmach)[5].
La mort de sa mère comme traumatisme, on pouvait déjà s'en douter et
c'est donc sans surprise que son évocation passe par celle des sordides
modalités : folie de sa mère souhaitant mourir avec elle, mère
adoptive plus tard, thématique du deuil, etc. Et si le refus est ici à
mettre en relation avec le viol de son intimité psychique opéré par
l'Ange, la thématique de la honte/douleur[6] est intéressante. Là encore tout réside
dans la façon de présenter les choses. Pourquoi diable cette idée de
honte mêlée à la douleur ? Pour le comprendre, il suffit d'avoir
été un peu attentif au début de l'épisode pour saisir qu'Asuka subit ses
premières règles de sa vie de femme (d'où l'emploi du terme Menarche
qui désigne la première période de menstruations, la première fois
où, dans le cycle ovulatoire, un individu de sexe féminin a ses règles
selon
la Wikipedia, toujours elle). On peut postuler du même coup sa
honte à la vue du sang (qui transparait dans la coloration écarlate d'un
caractère sur certains items, ou la présence dans son rêve de cette image)
et sa douleur. Et qui mieux qu'une maman aurait pu avoir les
mots pour lui dire ce que cet évènement signifiait ? Honteuse,
souillée (ansauder... alors là, c'est de l'association libre d'un ami germanophone),
elle éprouve une rancune (Groll) farouche envers elle-même,
voire de l'aigreur, envers ce qu'elle considère comme une ignominie (Schmach).
Le fait d'exhumer ce trauma irrésolu et insensé provoque chez elle une
réaction violente conduisant à une dépression grave, alimentée par un
désespoir supplémentaire de ne plus se sentir utile, et donc existante,
au sein de la NERV. Plus tard, on la trouvera dans les ruines de Tokyo-3
plongée nue dans une baignoire et pleurant la perte de toutes ses
illusions dans l'océan de sa désolation.
Ces personnages et d'autres encore, articulent leur présent autour de la résolution tardive et désespérée d'un deuil mal effectué, ou pas effectué du tout. Le noeud de leurs problèmes respectifs vient donc des conflits d'intérêts internes aux sujets, entre un désir (l'affection envers un proche) et une réalité qui lui échappe (la perte de ce proche), comme postulé par Freud dans ses deux topiques. Le deuil n'est pas le seul concept clé de la psychanalyse qu'Evangelion se permet d'exprimer, l'Oedipe est lui aussi mis en scène à la fois par les personnages de l'intrigue, dans ce qu'ils font, tant dans leurs comportements, que dans leurs productions, toute "scientifiques" qu'elles puissent être.

Je reviens un instant sur le complexe d'Oedipe. Inspiré par la
tragédie grecque éponyme, Freud met au jour ce principe du développement
humain, il s'agit d'un moment particulier où le petit d'homme va
désirer son premier Objet (la Mère) et ressentir une farouche opposition
avec le parent du sexe opposé. Vécu par garçons et filles de manière
significativement différente, ce complexe aboutit "normalement" à sa
résolution avant la période dite de latence, où la sexualité est mise en
veilleuse (grossièrement de 6 à 12 ans). Si le sujet n'avait pas
liquidé ce fameux complexe (et renoncé par là à la satisfaction de ses
pulsions avec l'un de ses parents), la fin de ladite période est marquée
par la résurgence de la problématique oedipienne. Oui oui, à l'âge des
pilotes d'Eva tout à fait.
Dès lors, il n'est pas difficile de comprendre les différentes
métaphores et images disséminées dans la série, relatives à cette
problématique. L'entry-plug et l'expérience déroutante de la plongée
dans le LCL (liquide permettant la respiration) rappelle nécessairement
l'utérus, la grossesse. Le questionnement de Shinji plongé dans l'Eva-01
à la suite de sa sur-synchronisation nous donne d'ailleurs un indice
sur la confusion qui est la sienne, entre son désir de fusion corps
et âme pour les figures féminines qui l'entourent, et celui pour
une autre, restant masquée mais dont on devine bien l'identité. On peut
comprendre le mélange de dégoût et de réconfort qu'il ressent en tant
que pilote, d'où son incapacité à répondre à la simple question :
pourquoi pilote-t'il une Eva ? La question lui sera posée au cours
de ses rêves, sans jamais qu'il puisse y donner une réponse qui le
satisfasse pleinement.
Les Eva, de part leur essence et l'expérience de leur utilisation, apparaissent clairement comme des avatars maternels. L'on subodore déjà qu'elles sont les enveloppes charnelles de quelque-chose survivant de l'esprit des mères de Shinji (Yui) et Asuka (Kyoko), grâce aux allusions diverses de Gendo et de Shinji, mais d'autres signes nous amènent nécessairement à reconnaitre leur maternité. Le déclenchement des réactions un peu inattendues des Eva (berserk, réveil, assimilation de Core) peuvent s'expliquer dans le contexte soit par la poussée d'un élan maternel de protection, soit par la fusion absurde entre mère et enfant bien après l'achèvement de la position schizo-paranoïde, nécessairement pathologique. Pour se convaincre du caractère malin de cette fusion, il suffit d'observer le comportement de l'Eva-01 réveillée avec l'Ange qu'elle a maitrisé : elle incorpore une de ses propriétés en le dévorant, renvoyant au fantasme archaïque du cannibalisme. Sans parler du cri contre-nature qu'elle pousse, à glacer d'effroi tout être raisonnable, ni de son comportement primitif, impitoyable et dérangeant... C'est de régression jusqu'à une certaine forme de psychose dont on parle ici. La potentialisation forte de cet état chez les Eva rappelle l'illusion de toute-puissance où la différence Soi/Non-Soi n'est pas établie (l'Eva-01 se sert d'un débris de l'Ange pour se créer un bras... tout est possible) dans les travaux de Winicott. Le retour à la mère, fantasme effrayant pour l'adolescent s'il en est, mais aussi rassurant en ce qu'il suggère d'abandon de soi dans une plénitude dépendante. Pour preuve, la demande finale des figures féminines fantasmées (reflets de sa mère bienveillante et perdue) par Shinji dans l'épisode 20 est : que désires-tu ? (sous-entendu "que je l'accomplisse dans l'instant").
Oedipe encore, ou Electre plutôt, qui taraude Misato jusqu'à la faire
rompre avec Kaji pour l'insurmontable raison qu'il ressemble... à son
père. Son père qui la sauve en mourant. L'abandonne-t'il ? Lui
rend-t'il l'amour d'enfant qu'elle lui porte ? Son inconscient
n'aura jamais la réponse et lorsqu'elle rencontre Kaji si proche de son
père, elle se donne entièrement à lui, tout en étant dégoûtée par ce
qu'elle fait. N'est-il qu'un instrument d'une satisfaction
impossible ? Ne lui pose-t'il pas, par son affection la question
interdite de l'inceste (puisqu'elle reconnait en lui un peu de son
père) ? Plus largement n'est-ce-pas encore du fameux complexe
primal dont il est question lorsque Shinji défie sans faillir avec
toujours autant de fougue son père, son père distant, son père si
supérieur (toujours montré en hauteur ou dans une posture d'autorité),
son père qui a eu sa mère pour lui, son père accusé de l'avoir
tué...
Oedipe enfin, qui dans une moindre mesure pousse Ritsuko à entamer une
relation avec Gendo (amant de sa mère), avec les mêmes erreurs, les
mêmes doutes et une fin toute aussi tragique.

Par delà ces considérations, il convient de rappeler la communication opérée par l'auteur. Le recoupement des analyses les plus pointues d'Evangelion dans sa version animée disponibles sur la toile permet d'affirmer sans trop d'erreurs possibles quel en est le message, et qui en sont les destinataires. C'est du moins la position qui rallie le consensus le plus important à ce jour, soit 12 ans après la fin de la série. Hideaki Anno aurait écrit Evangelion dans le but d'inciter les otakus japonais à s'éloigner de leur vie imaginaire riche pour profiter de la vie réelle, seule voie raisonnable pour retrouver une certaine sérénité. Là où je prends un risque, c'est que j'affirme que l'usage tout à fait lisible des concepts psychanalytiques forts, des formes d'évocations implicites par association, suggestion ou mise en scène des clé théoriques de cette clinique par l'auteur sert le dessein que j'évoquais plus haut. Deux considérations peuvent être apportées afin d'appuyer cette thèse :
Partons de
cet axiome, et supposons ensemble l'usage volontaire d'une telle
démarche, il est nécessaire de poser les termes de l'état final du
message en rappelant ses préludes. Freud postulait que l'interdit de
l'inceste était le pré-requis fondamental de toutes les civilisations,
au-delà de l'impératif génétique de survie, placé là comme pilier
central de toute forme de culture. Aussi n'est-il pas étonnant que
l'accomplissement de la fusion contre nature entre un adolescent et ce
qui reste de sa mère ne donne que des résultats improbables,
contre-natures même (cf. le comportement et le cri ignoble de l'Eva-01
réveillée), dont les conséquences vont jusqu'à soulever le coeur des
employés de la NERV. Peu surprenant encore que Gendo conserve dans un
bain de nutriments des corps sans vie propre de clones de Reï pouvant
être activés au gré des morts de l'actuel avatar de sa femme.
Un à un, des interdits moraux, éthiques parfois millénaires sont brisés
symboliquement : le Fils retourne à la Mère, le Père utilise le
Fils pour retrouver sa Femme (renversement mécanique de l'Oedipe
dérangeante magistralement orchestrée par Anno), la Fille satisfait son
désir pour le Père, le Vivant rejoint le Mort.
Un signal clair traverse ces différentes propositions : la
satisfaction de la pulsion par l'objet le plus proche du véritable n'est
pas pour autant la plus saine pour la communauté. Briser certains
interdits primitifs en se jetant à corps perdu dans la satisfaction de
pulsions primales enferme l'homme qui s'y attache dans un processus
morbide par essence. Les limites que les personnages franchissent sont
majoritairement les plus mauvaises, voila pourquoi je parlais de
questions centrales traitées dans leur versant le plus sombre. Dès lors,
il n'est pas anodin de constater le délabrement progressif jusqu'à
l'anéantissement quasi-total des espoirs humains au fil de la deuxième
moitié de la saga. J'irais même plus loin dans l'interprétation :
beaucoup discutent encore de la signification du Plan de Complémentarité
de l'Homme évoqué évasivement par certains décideurs de la SEELE ou du
NERV. Les avis divergent et se contredisent parfois, tant il est
difficile d'en cerner le contour si l'on s'en tient à la série. Evoqué
par la SEELE comme une manière de combler le vide, l'imperfection ultime
de l'être humain, ce plan consisterait à fondre -selon ce comité- tous
les êtres humains dans une seule et même entité biologique, réduisant à
néant les "barrières invisibles entre les gens". J'avoue
moi-même avoir eu du mal à comprendre comment un tel plan, tout
prophétisé qu'il soit, puisse permettre à Gendo de retrouver Yui. Toute
la difficulté de la tâche consiste à s'extraire du décor...
Je vous le disais, l'oeil psychanalytique posé sur Evangelion relègue
au rang de décor, au sens du contexte, tout le côté
mecha-religieux. De fait, le coeur de l'intrigue et son intérêt premier
reposerait non pas sur la compréhension des symboles, mais sur la
tragédie jouée par deux générations de personnages à la manière d'une
pièce de théâtre. On comprend d'autant mieux ce qui l'en est de ces
fameuses barrières invisibles (AT Field) sensées blesser, séparer ou
éloigner les gens les uns des autres. Ce qui sépare Gendo de Yui c'est
avant tout la mort, et il s'est détaché, éloigné de cette
réalité inévitable par tous les moyens à sa portée. Ce qui sépare Shinji
des filles et femmes qui l'entoure dans ce qu'il éprouve de désir pour
elle n'est pas tant son "complexe du hérisson", si caricatural mais
décrit avec zèle au début de la série, mais plutôt son incapacité à
reconnaitre en elles ce qu'il retrouve de sa mère, tout en abandonnant
définitivement sa recherche oedipienne (d'autant plus difficile pour lui
qu'en renonçant à ceci, il accepte aussi sa perte réelle, plus
douloureuse encore). Le PCH serait donc dans cette perspective une sorte
de macro-fantasme commun aux otakus, dont Anno ne s'est jamais exclu,
qui consisterait à rêver d'un monde où tous/tout serai(en)t fondu(s)
dans une même masse, polie et débarrassée de toute friction possible.
Noyé dans cette masse, l'individu n'existerait alors plus et n'aurait
plus à se poser les douloureuses questions du deuil, de l'Oedipe, mais
aussi celles de tous les tracas courants qu'une sensibilité importante
peut transformer pour le sujet en mini-drames.
Ce à quoi l'auteur exhorte ses premiers fans, c'est la
relativisation. Celle qui permet d'appréhender et de s'adapter
au monde réel, car l'être humain tout individuel qu'il soit possède une
vaste part de plasticité. Cette relativisation peut passer par
l'empathie, dans la reconnaissance qu'autrui souffre également et que si
la souffrance du sujet ne peut être évaluée, il en est de même pour
tous les autres. Rien n'est jamais figé à échelle humaine mais à
l'inverse, les leçons que tirent les protagonistes de l'oeuvre se
veulent d'une portée temporelle infinie ("Je ne fais que blesser les
autres", "cet autre m'a dépassé, je ne vaux plus rien"...),
alors qu'elles ne sont basées que sur un ou deux évènements, voire la
libre extrapolation d'un individu ! Le ton sérieux, grave, presque
intemporel, habituel des animes est donc ici utilisé pour interroger le
média lui-même sur sa fonction et sa portée, sur ce qu'il prête comme
potentielles identifications.
L'on peut comprendre alors que pour qui attendait une fin en forme de
conclusion épique à une saga mecha-ésotérique, la déception fut grande
de n'obtenir en tout et pour tout qu'une succession d'images
(majoritairement fixes) pour ultime chapitre. Mais pour qui aura adopté
le regard que je propose sur les 26 épisodes, il sera évident que
l'auteur opère une analogie entre l'action de piloter une Eva et la
manière dont l'otaku typique se plonge dans son imaginaire... L'analogie
se révèle d'autant plus pesante et pertinente connaissant le côté
morbide que le paroxysme du pilotage d'Eva suppose (outrepassement d'un
tabou fondateur : l'Inceste). Et si cette analogie ne vous semble
pas, interrogez-vous alors sur le sens d'un des plans présentés en fond
de l'épisode 26 (voir ci-contre) alors que Shinji se questionne sur son
rôle de pilote. Ne serait-ce pas le contour du personnage et donc son
identité, qui serait traversée par les multiples images fixes de l'anime
jusqu'à ce qu'on en distingue presque plus les limites : qui est
quoi ?
Je comprends mieux en l'ayant vu pourquoi Evangelion est devenu un
anime culte dans l'univers de la japanimation. Ce sont les oeuvres dont
la juste répartition entre le scénario, les personnages, le rythme, les
symboles et leurs sens est "idéale". Je précise bien entendu qu'il
n'existe aucune formule magique, je crois même que les auteurs desdites
oeuvres seraient bien incapables d'expliquer l'engouement pour leur
propre travail. Citons à titre d'exemples Hamlet[7] ou la série Le
Prisonnier en leur temps. Cités au titre de référence dans
nombre de communautés web, le coup de génie de l'auteur d'Evangelion
tient aussi en la transfiguration de contraintes techniques en démarche
artistiques atypiques, voire rebelles. Dans la polémique également,
puisque le mythe Evangelion s'est aussi construit dans les frustrations
expressément formulées si l'on peut dire, après la diffusion des deux
derniers épisodes. Je soupçonne Anno de posséder un brin de malice
impertinente, il devait s'attendre au moins à provoquer une réaction
frontale chez ses fans dévoués, eux qu'il berne pendant une dizaine
d'épisode pour déconstruire méthodiquement tous les codes qu'il a
lui-même emprunté au shonen et développé avec un brio indéniable.
Si dense et si riche, Anno est à l'origine de ce qui reste un point de
référence incontournable, dépeignant en 26 épisodes d'à peine moins de
25 minutes chacun (!), adjoints de 2 films complémentaires un univers
consistant, crédible, dynamique et pré-apocalyptique. Référence s'il en
est, parce qu'il réussit enfin le tour de force d'allier forme et fond
au plus haut degré artistique, allant jusqu'à s'interroger sur son
propre moyen d'expression, et la passion dévorante que celui-ci peut
engendrer chez ses contemporains (dont son public, et lui-même). Il
imprègne son oeuvre avec une justesse impeccable d'une mythologie
complexe et des poncifs classiques (au sens noble du terme) et
plie sous le poids de son appel pour tout détruire dans une mécanique
implacable... Admirable.

A présent que la page se referme pour moi sur le mythe Evangelion, il
me reste quelques informations à délivrer à mon lecteur. D'abord, les
clés de compréhension que je livre apportent selon mes recherches, un
angle d'interprétation large, sans doute un peu inédit et plus fouillé,
permettant une lecture sans doute plus profonde de l'ensemble, sans pour
autant en dénaturer l'appréciation en tant que "simple" anime. Car ce
que je trouve de plus beau dans ce cheminement sous l'oeil pénétrant de
l'ami Sigmund, c'est qu'il se paye le luxe d'excuser la grande
contradiction d'Evangelion. Déjà évoqué plus haut, celle-ci repose sur
le jeu de reflet qu'on peut mettre au jour intuitivement : si
l'auteur veut inciter les otakus japonais à affronter le monde
réel, il utilise pour cela un moyen tellement élaboré, disposant de tant
et tant de degrés de lecture qu'il oblige pour arriver à une
compréhension sereine de ce message à réduire sa vie sociale, se
consacrer à l'examen d'hypothèses, à la discussion poussée sur une
abstraction pure, autrement dit... à devenir un otaku ! Et
en cela, il convient de rappeler qu'il ne s'exclut pas de la cible de
son message, c'est en ça que je parle de reflet. Le premier individu
auquel on peut historiquement identifier Shinji, l'adolescent solitaire
toujours les oreilles obstruées par ses écouteurs, atteint du "complexe
du hérisson", apeuré par les femmes, c'est bien Hideaki Anno. Touchant.
Je ne crois pas enfin que de grandes questions philosophiques ou un
quelconque souci d'universalité aient animé l'écriture du maître. Ni sur
l'existence/la nécessité de Dieu, ni sur la nécessaire incomplétude des
êtres humains, aucune leçon n'est tirée d'Evangelion pour répondre à
ces interrogations si coutumières de la japanimation ou du manga.
Evangelion ne fait que tenter -selon ma lecture- de mettre sur le tapis
la question de la dévotion à une passion en ce qu'elle peut avoir de
morbide ou d'absurde, ni plus ni moins, par l'usage de la plus humaine
des sciences humaines, la psychanalyse. Humain jusque
dans ce qui semble être un moralisme accusateur, jusque dans ses
contractions.
Conscient que j'occulte par mon choix de nombreuses autres possibles
lectures de la saga, je m'en remets aux propos d'Amrith Zêta lus au cours de ma compulsation :
pour faire un tour complet et exhaustif d'Evangelion, il faut compter en
année de lectures, comparaisons, visionnages successifs... Mais
heureusement, si comme moi vous avez une vie =P, rassurez-vous nul
besoin d'autant de temps pour apprécier une oeuvre admirable, touchante,
humaine, dotée d'un nombre incalculable de degré de lecture. Que l'on
soit novice, profane ou expert, on concèdera au moins à Evangelion le
droit de se hisser au rang prisé de chef-d'oeuvre intemporel, pour sa
seule capacité à faire réfléchir et douter considérablement.
Pour me renseigner sur la série elle-même et ses nombreuses ramifications, j'ai bien sûr utilisé l'ami-maître-du-monde Google afin de trouver quelques sources et quelques réponses à mes questions... Notamment je me suis appuyé sur :
[1] Plus de renseignements sur ce concept dans cet article de la Wikipédia et dans cet autre article.
[2] Plus d'infos dans un article de la Wikipedia dédié
[3] Une évidence pour l'expert, un implicite que le profane pressent, ne serait-ce pas là le véritable génie de Anno ?
[4] Rappel : miss Von R. développe un symptôme suite à la mort de sa soeur, ayant pensé à cette occasion à la liberté de son beau-frère maintenant veuf. L'horrible pensée de se réjouir quelque part de la mort de sa soeur allant en conflit avec son attachement à elle, mais résonnant également avec un passé autre, chargé lui aussi de frustration, suffit à conduire à un symptome remarquable (je vous renvoie à la lecture de cet article).
[5] A noter que je ne prétends pas à l'étanchéité totale de ma découpe : le kanji traduit *Ouch !* pourrait être placé dans "douleur/honte" comme dans "refus/rejet" selon l'angle interprétatif choisi. Je précise que les termes entourés par des astérisques correspondent à une traduction des kanjis trouvée sur cette page
[6] Est-ce la honte de ressentir la douleur, ou la douleur de ressentir la honte ?
[7] Et comme je suis bon prince, voilà sa version numérique.
AdH
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